Abdul Sattar Edhi, l’homme qui a bâti le plus grand réseau d’ambulances bénévoles du monde
Il ne possédait que deux tenues et dormait dans une petite pièce de son centre de Karachi. Pourtant, Abdul Sattar Edhi a construit la plus grande œuvre humanitaire privée du Pakistan. Portrait d'un saint laïque.

Le 8 juillet 2016, le Pakistan s’arrête. Des milliers de personnes se pressent dans le stade national de Karachi pour les funérailles nationales d’un homme qui n’a jamais été ni général, ni ministre, ni star. Abdul Sattar Edhi, surnommé « l’ange de la miséricorde », vient de s’éteindre. Il laisse derrière lui une œuvre humanitaire hors du commun.
Une enfance marquée par le soin
Edhi naît en 1928 à Bantva, dans le Gujarat. Enfant, il s’occupe de sa mère gravement malade, une expérience qui le marque à jamais. En 1947, sa famille s’installe à Karachi, au moment de la création du Pakistan. Le jeune homme découvre une ville débordée par l’arrivée de millions de réfugiés, et une détresse immense.
En 1951, il ouvre un petit dispensaire dans un quartier populaire. C’est le début de la Fondation Edhi. Il n’a ni fortune ni diplôme, seulement la conviction que personne ne doit être laissé sans aide.
Des ambulances pour tous
Edhi achète une vieille camionnette qu’il transforme en ambulance et conduit lui-même. Au fil des décennies, ce véhicule devient une flotte immense qui couvre tout le pays. En 1997, le Livre Guinness des records reconnaît la Fondation Edhi comme le plus grand service d’ambulances bénévoles au monde.
Les ambulances Edhi transportent tout le monde, sans distinction de religion, d’ethnie ou de classe sociale. Elles interviennent lors des accidents, des catastrophes naturelles et des attentats, et récupèrent aussi les corps que personne ne réclame, pour leur offrir une sépulture digne.
« Aucune religion n’est supérieure à l’humanité. »
Phrase attribuée à Abdul Sattar Edhi
Les berceaux de la dernière chance
L’une de ses initiatives les plus bouleversantes est celle des « jhoolas », des berceaux installés devant les centres Edhi. Les mères qui ne peuvent pas garder leur enfant peuvent l’y déposer en toute sécurité. Le message peint à côté est simple : ne les tuez pas, laissez-les ici. Des milliers d’enfants ont ainsi été sauvés, puis élevés ou adoptés.
Dans ce combat, Edhi n’était pas seul. Son épouse, Bilquis Edhi, infirmière, a dirigé pendant des décennies les maternités, les orphelinats et le service d’adoption de la fondation. Elle est considérée comme la « mère » de milliers d’enfants.
Une vie de simplicité
Edhi refusait les financements publics et les dons liés à des conditions politiques. Il préférait tendre la main dans la rue, et les Pakistanais lui donnaient. Il vivait dans une petite pièce, possédait deux tenues et a demandé à être enterré dans les vêtements qu’il portait.
Proposé à plusieurs reprises pour le prix Nobel de la paix, il n’a jamais cherché les honneurs. Aujourd’hui, sa famille poursuit son œuvre. Et pour beaucoup de Pakistanais, son nom reste la meilleure réponse à ceux qui ne voient dans leur pays que des difficultés : le Pakistan, c’est aussi Edhi.
Questions fréquentes
Qui était Abdul Sattar Edhi ?
Un philanthrope né en 1928 à Bantva (Gujarat), fondateur de la Fondation Edhi à Karachi en 1951, décédé le 8 juillet 2016.
Que sont les jhoolas ?
Des berceaux installés devant les centres Edhi, où les mères qui ne peuvent pas garder leur enfant peuvent le déposer en toute sécurité.
Quel record détient la Fondation Edhi ?
Elle a été reconnue en 1997 par le Livre Guinness des records comme le plus grand service d’ambulances bénévoles au monde.
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Sources : Edhi Foundation ; Guinness World Records ; presse pakistanaise et internationale (juillet 2016) ; autobiographie A Mirror to the Blind.