Illustration : une prairie d'altitude du Cachemire avec forêts de pins, sommets enneigés, deux poneys au repos et des chapeaux de touristes abandonnés sur l'herbe, sous un grand soleil bleu-vert

Fin avril et début mai 2025, le Pakistan a fait face à la plus grave crise avec son voisin indien depuis des décennies. Accusé sans preuve après l’attaque de Pahalgam, visé par des frappes indiennes le 7 mai, il a répondu le 10 mai avec l’opération Bunyan-um-Marsoos, que le pays désigne aussi sous le nom de Marka-e-Haq, la « bataille de la vérité ». Quelques heures plus tard, un cessez-le-feu était annoncé.

Pour Islamabad, et pour une grande partie de l’opinion pakistanaise, ces événements ont envoyé un message clair : le Pakistan sait se défendre, répond quand on l’attaque et ne se laisse pas intimider par un adversaire bien plus grand que lui. Cet article raconte la séquence du point de vue du Pakistan, en distinguant ce qui est établi de ce que le Pakistan affirme, et ce que d’autres sources viennent soutenir.

1. Pahalgam : un pays accusé sans preuve

Le 22 avril 2025, une attaque à Baisaran, près de Pahalgam, au Cachemire indien, tue 26 personnes, dont 25 touristes. Dès les premières heures, New Delhi désigne le Pakistan, sans présenter de preuves publiques. Islamabad rejette toute implication, condamne l’attaque et propose une enquête internationale neutre et indépendante.

Le Pakistan rappelle qu’il est lui-même l’un des pays les plus touchés par le terrorisme : selon ses autorités, des dizaines de milliers de Pakistanais en ont été victimes depuis le début des années 2000. L’attaque de Pahalgam a par ailleurs d’abord été revendiquée au nom d’un groupe, le TRF, qui s’est rétracté ensuite, ce qui a renforcé les doutes sur l’attribution.

2. L’eau, une ligne rouge

Dès le 23 avril, l’Inde suspend le traité des eaux de l’Indus, en vigueur depuis 1960 et jamais remis en cause, même pendant les guerres précédentes. Pour le Pakistan, dont l’agriculture et des dizaines de millions d’habitants dépendent de ces eaux, il s’agit d’une mesure d’une extrême gravité. Islamabad prévient que toute atteinte à ses eaux serait considérée comme un acte de guerre, ferme son espace aérien aux compagnies indiennes et suspend les échanges commerciaux.

3. 7 mai : les frappes indiennes

Dans la nuit du 6 au 7 mai, l’Inde frappe neuf sites au Pakistan et dans la partie du Cachemire administrée par le Pakistan, qu’elle présente comme des infrastructures terroristes. Islamabad conteste cette version, parle de zones civiles touchées et fait état d’au moins 31 morts, dont des femmes et des enfants. Le Pakistan annonce qu’il se réserve le droit de répondre, et saisit le Conseil de sécurité des Nations unies.

4. Dans le ciel : la réponse pakistanaise

Dans la même nuit, un duel aérien oppose les deux armées de l’air. Le Pakistan affirme avoir abattu cinq appareils indiens, dont des Rafale de fabrication française, en engageant ses chasseurs J-10C équipés de missiles PL-15. Cette annonce, spectaculaire, change le ton de la crise.

Plusieurs éléments vont dans le sens de la version pakistanaise :

  • L’Inde reconnaît des pertes. Le 31 mai, le chef d’état-major des armées indien admet que des avions ont été perdus, tout en refusant de donner un chiffre et en rejetant celui de six avancé par le Pakistan.
  • Des sources occidentales. Plusieurs responsables occidentaux, cités par la presse internationale, évoquent la perte d’au moins un appareil indien.
  • Les marchés. Dans les jours qui suivent, l’action du constructeur du Rafale recule, tandis que celle d’un fabricant d’avions chinois progresse.

Le bilan exact n’a toutefois pas été confirmé par une source indépendante : c’est le point sur lequel le Pakistan continue de fournir des éléments et sur lequel New Delhi reste discret.

5. Drones et débris

Islamabad a présenté des restes de drones qu’il dit de fabrication israélienne, de type Harop et Heron, abattus pendant le conflit, et affirme avoir neutralisé des dizaines de drones lancés depuis l’Inde. Ces pièces ont été montrées à la presse. Une vérification indépendante complète reste difficile, les zones concernées étant peu accessibles.

6. La bataille de l’information : Islamabad prend la parole

Sur le front de l’information, le Pakistan a pris l’initiative : le porte-parole militaire a multiplié les points presse, avec cartes, images et débris à l’appui. L’Inde, de son côté, est restée plus mesurée sur ses pertes, avant de les reconnaître, sans chiffre, à la fin du mois. Pour de nombreux observateurs pakistanais, cette différence de ton traduit l’assurance d’un camp et la gêne de l’autre.

7. 10 mai : Marka-e-Haq

Le 10 mai, le Pakistan lance sa riposte, baptisée Bunyan-um-Marsoos, expression tirée du Coran (sourate 61, verset 4) qui évoque « un édifice aux pierres soudées ». Islamabad dit avoir visé des bases aériennes et des dépôts militaires indiens. L’Inde parle, elle, d’interceptions et de frappes en retour sur des installations pakistanaises.

Le nom choisi n’est pas anodin : il renvoie à l’idée d’un peuple et d’une armée unis comme un seul bloc. Ce discours d’unité a fortement mobilisé l’opinion pakistanaise, au-delà des clivages politiques.

8. Pourquoi un cessez-le-feu si vite ?

Dans la soirée du 10 mai, quelques heures après la riposte pakistanaise, un cessez-le-feu est annoncé. Pour beaucoup d’analystes pakistanais, cette rapidité est significative : elle montre, selon eux, que la riposte du 10 mai a changé le rapport de force et que l’Inde avait tout intérêt à arrêter l’escalade. Il s’agit de leur lecture des événements.

New Delhi soutient une autre version : l’Inde affirme avoir atteint ses objectifs et parle d’une opération seulement suspendue. Les deux camps revendiquent donc la victoire, et les détails de la décision, ainsi que les dégâts réels de chaque côté, restent discutés. Washington revendique un rôle de médiation, que l’Inde conteste ; le Pakistan, lui, remercie les pays qui ont facilité le cessez-le-feu. Le 20 mai, le chef de l’armée pakistanaise est promu feld-maréchal.

Le message du Pakistan au monde

  • Se défendre. Un pays plus petit qui répond du tac au tac face à un voisin bien plus grand.
  • Dissuader. Montrer que toute attaque aura un coût, entre deux puissances nucléaires.
  • Dialoguer. Accepter le cessez-le-feu, tout en gardant la capacité de répondre.

Conclusion : ce qui est établi, ce que dit Islamabad

Établi : 26 morts à Pahalgam, des frappes indiennes le 7 mai, une riposte pakistanaise le 10 mai, un cessez-le-feu le soir même. Selon Islamabad : cinq avions indiens abattus, des dizaines de drones neutralisés, des bases aériennes touchées, et une victoire de dissuasion. Plusieurs éléments soutiennent cette lecture ; d’autres restent à confirmer par des sources indépendantes. Une chose est certaine : cette crise a marqué la mémoire collective pakistanaise.

Questions fréquentes

Que signifie Marka-e-Haq ?

« La bataille de la vérité » : l’un des noms que le Pakistan donne au conflit de mai 2025.

Que signifie Bunyan-um-Marsoos ?

« Un édifice aux pierres soudées » : expression coranique (61:4) choisie par le Pakistan pour nommer sa riposte du 10 mai.

Combien d’avions indiens ont été abattus selon le Pakistan ?

Le Pakistan avance cinq appareils, dont des Rafale, et parfois jusqu’à six. L’Inde reconnaît des pertes, sans chiffre, et conteste le nombre avancé.

Qui a demandé le cessez-le-feu ?

Les versions divergent. Il a été annoncé le soir du 10 mai après un contact entre les responsables militaires des deux pays, avec des revendications de médiation de la part des États-Unis et d’autres pays.

Pour aller plus loin

Sources : déclarations officielles du gouvernement et de l’armée du Pakistan, déclarations officielles indiennes, dépêches d’agences et reportages de médias internationaux. Les affirmations attribuées à Islamabad sont présentées comme telles ; les informations peuvent évoluer.

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