ICUBE-Q : le Pakistan en orbite autour de la Lune
En mai 2024, un petit satellite conçu par des ingénieurs et étudiants d'Islamabad s'est placé en orbite autour de la Lune. Retour sur ICUBE-Q, la première mission lunaire pakistanaise, et sur une longue histoire spatiale.

Le 3 mai 2024, une fusée chinoise décolle de la base de Wenchang, sur l’île de Hainan. À son bord, la sonde Chang’e-6, chargée de rapporter pour la première fois des échantillons de la face cachée de la Lune. Mais la sonde transporte aussi un passager discret : un minuscule satellite pakistanais baptisé ICUBE-Q.
Un satellite de la taille d’une boîte à chaussures
ICUBE-Q est un CubeSat, un type de petit satellite standardisé, pesant quelques kilos. Il a été conçu par l’Institute of Space Technology (IST) d’Islamabad, en collaboration avec l’université Jiao Tong de Shanghai et l’agence spatiale pakistanaise, la SUPARCO.
Équipé de caméras, il avait pour mission de se placer en orbite lunaire et de photographier la surface de notre satellite naturel. Quelques jours après le lancement, les premières images prises par ICUBE-Q sont publiées. Pour la première fois, un engin conçu au Pakistan observait la Lune depuis son orbite.
Ce petit cube a porté bien plus que des caméras : il a emporté les rêves de toute une génération d’ingénieurs pakistanais.
Une histoire spatiale qui remonte à 1962
Cette réussite ne sort pas de nulle part. La SUPARCO, créée en 1961 sous l’impulsion du physicien Abdus Salam, futur prix Nobel, lance dès 1962 la fusée-sonde Rehbar-I. Le Pakistan devient ainsi l’un des tout premiers pays d’Asie à envoyer une fusée dans la haute atmosphère.
En 1990, le pays place en orbite son premier satellite, Badr-1. Suivront des satellites de télécommunications et d’observation de la Terre, utilisés pour la cartographie, l’agriculture ou la gestion des catastrophes naturelles.
Former une nouvelle génération
L’un des aspects les plus remarquables d’ICUBE-Q est sa dimension éducative. À l’IST, étudiants et jeunes chercheurs ont participé à la conception du satellite. Pour eux, l’aventure lunaire n’est plus un rêve lointain, mais un domaine dans lequel ils ont déjà travaillé.
Cette dynamique donne envie à de nombreux jeunes Pakistanais de se tourner vers l’ingénierie, la physique et l’informatique, des filières dans lesquelles le pays forme chaque année des dizaines de milliers de diplômés.
Et après ?
Le Pakistan a depuis annoncé de nouvelles ambitions, avec des projets de coopération portant sur un futur rover lunaire et sur l’envoi d’un astronaute pakistanais dans l’espace. Ces projets restent à concrétiser, mais ils montrent que le pays veut s’installer durablement dans la course spatiale.
Pour un pays que l’on associe rarement à la conquête de l’espace, ICUBE-Q est une belle revanche. Elle rappelle que l’excellence scientifique pakistanaise existe, qu’elle est ancienne, et qu’elle regarde désormais vers la Lune.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que ICUBE-Q ?
Un CubeSat pakistanais conçu par l’Institute of Space Technology d’Islamabad, en collaboration avec l’université Jiao Tong de Shanghai et la SUPARCO.
Quand ICUBE-Q a-t-il été lancé ?
Le 3 mai 2024, depuis la base de Wenchang, à bord de la sonde chinoise Chang’e-6.
Quel est le premier satellite pakistanais ?
Badr-1, placé en orbite en 1990.
Pour aller plus loin
- Nergis Mavalvala, la Pakistanaise qui a « entendu » les ondes gravitationnelles
- La révolution solaire : comment les Pakistanais se sont équipés à une vitesse record
- Islamabad, une capitale dessinée de toutes pièces par un urbaniste grec
Sources : Institute of Space Technology (IST) ; SUPARCO ; Administration spatiale nationale chinoise (CNSA) ; presse scientifique (mai 2024).