La révolution solaire : comment les Pakistanais se sont équipés à une vitesse record
Sans grand plan gouvernemental ni subvention massive, des millions de foyers, de commerçants et d'agriculteurs pakistanais ont couvert leurs toits de panneaux solaires. Récit d'une transition énergétique venue d'en bas.

Promenez-vous dans n’importe quelle ville pakistanaise, de Lahore à Quetta, et levez les yeux. Sur les toits des maisons, des boutiques, des mosquées et des écoles, des panneaux solaires ont poussé comme des champignons. En quelques années, le Pakistan est devenu l’un des marchés solaires les plus dynamiques du monde. Et cette révolution ne vient pas d’en haut, mais des citoyens eux-mêmes.
Des chiffres qui ont surpris le monde
Selon les estimations du think tank spécialisé Ember, le Pakistan a importé environ 17 gigawatts de panneaux solaires en 2024, ce qui le place parmi les tout premiers importateurs de la planète. Pour mesurer l’ampleur du phénomène, il faut rappeler que la capacité installée de tout le réseau électrique national est de l’ordre de 45 gigawatts.
Autrement dit, en une seule année, les Pakistanais ont fait entrer dans le pays une capacité solaire équivalant à plus d’un tiers de leur réseau. Les analystes internationaux ont d’ailleurs mis du temps à réaliser ce qui se passait, tant le mouvement était diffus.
Pourquoi maintenant ?
Deux facteurs se sont rencontrés. D’un côté, le prix de l’électricité du réseau a fortement augmenté, pesant lourdement sur le budget des ménages et des entreprises. De l’autre, le prix des panneaux fabriqués en Chine a chuté de manière spectaculaire. Le calcul est vite devenu évident : un système solaire se rembourse en quelques années.
À cela s’ajoutent les coupures de courant, qui ont longtemps rythmé la vie quotidienne. Avec des panneaux et, de plus en plus, des batteries, des familles gagnent enfin en autonomie.
Le Pakistan n’a pas attendu qu’on lui dicte sa transition énergétique : il l’a installée sur ses toits, un panneau après l’autre.
Des champs aux boutiques, tout le monde s’y met
La révolution ne concerne pas que les villes. Dans les campagnes du Pendjab et du Sindh, les agriculteurs remplacent les pompes d’irrigation au diesel par des pompes solaires, ce qui réduit leurs coûts et la pollution. Dans les bazars, les commerçants alimentent ventilateurs, réfrigérateurs et éclairage grâce au soleil.
Toute une économie est née autour de ce marché : importateurs, installateurs, électriciens formés sur le tas, vendeurs de batteries et de régulateurs. Des milliers d’emplois ont été créés, souvent par de petits entrepreneurs.
Les défis d’une transition rapide
Ce succès pose de nouvelles questions. Quand les clients les plus aisés produisent leur propre électricité, les compagnies publiques vendent moins d’énergie alors qu’elles doivent toujours financer le réseau. Le gouvernement a donc engagé une réflexion sur les règles du « net metering », qui permet de revendre son surplus.
Mais le mouvement est lancé, et il est irréversible. Le Pakistan, l’un des pays les plus exposés au changement climatique, montre au monde qu’une transition énergétique peut aussi être portée par des millions de décisions individuelles. C’est une leçon que bien des pays riches pourraient méditer.
Questions fréquentes
Combien de panneaux solaires le Pakistan a-t-il importés en 2024 ?
Environ 17 gigawatts selon les estimations d’Ember, soit plus d’un tiers de la capacité du réseau électrique national, de l’ordre de 45 gigawatts.
Pourquoi le solaire a-t-il explosé au Pakistan ?
La hausse des tarifs d’électricité, la baisse du prix des panneaux fabriqués en Chine et les coupures de courant ont rendu le solaire rentable en quelques années.
Quel est le principal défi de cette transition ?
Les compagnies publiques vendent moins d’énergie alors qu’elles doivent toujours financer le réseau, d’où la réflexion sur les règles du « net metering ».
Pour aller plus loin
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Sources : Ember, analyses du marché solaire pakistanais (2024-2025) ; National Electric Power Regulatory Authority (NEPRA) ; presse économique pakistanaise.